Palais Namaskar, MarocDéferle une lame de fond, bouillonnante, qui cherche des estuaires parfumés où s'insinuer, des rives à caresser, des terres à explorer.

 

Au loin une vaste contrée fleurie, paysages improbables, falaises escarpées, telle une dentelle d'entailles ciselées par les vents de la vie. Il y a à sa surface des vallons luxuriants, des cités improbables, des monts exubérants et des déserts arides.

 

La quête des eaux est pour la terre.

Celle du continent pour l'étreinte de l'océan.

 

Ainsi l'errante éprouve-t-elle le désir, puis le goût, de cesser un peu son impétueuse dérive au long cours, pour s'alanguir ici ; dans ces golfes argentés, ces criques oubliées, ces bassins ornés de couleurs ouvragées.

Il flotte là quelque chose de dense : une insaisissable magie, des mondes intimes, mis en abymes, qui ouvrent sur des villes parées de mille palais, des jardins où s'exprime l'âme des philosophes.

 

L'eau s'infiltre ; fluidité. Elle s'insinue partout, avec délice, épousant en riant les contours de la terre.

 

Alors le continent – se consumant dans des élans de tendresse sans objet, des quêtes muettes pour la douceur, les sensations suaves et le sable mouillé – offre-t-il sans retenue la rondeur de ses collines, ses somptueuses roseraies nichées dans les plaines fertiles ; ses caravansérails oniriques adossés à la dune, ses reflets de Lune, ses plus vives caresses des jours d'été brûlants.

 

Les cours et les canaux entravent maintenant les flots. Peu à peu le tumulte se calme, finissant par se taire. En les enveloppant de fragrances précieuses, les estuaires domptent les tourbillons.

 

Voici venu le temps de l'apaisement.

Voici venu le temps de l'hébétude possible et celui de la contemplation.

Voici venue l'heure, inéluctable, de l'évidente communion.

 

Le long de l'horizon, terre et eau unissent leurs peaux, bord à bord.

 

 

Ainsi prend fin ce songe d'amour pour les âmes vagabondes.