Jardins suspendus de Babylone

Au coin des yeux, des sentiments d'amour muets ;

Dans les sourires donnés s'échangent des paroles insensées.

Ah comme ils vibrent, sans le recours aux mots !

 

Deux enfants revêtus de peaux de géants

S'adonnant, impatients, à tous les jeux des grands.

Extase de la chair, des zones érogènes.

Extase du corps d'abord, puis du coeur, de l'esprit et même enfin de l'âme.

 

En eux, hors d'eux, intérieur, extérieur,

Tout est tumulte passionnant.

Voilà l'alanguissement et l'élan.

Voilà les regards qui pétillent, les étoiles qui scintillent.

 

Même sous des trombes de pluie ils seraient en été.

Leur joie, déchirant la morosité, inventerait un halo de lumière dorée

Au centre duquel ils tireraient le lit qui attend leurs silences, leurs soupirs, leurs audaces.

Car leur couche est sacrée, temple secret abritant leurs cérémonies intimes.

 

De leur corps à corps, de leurs peaux mélangées,

De leurs regards entremêlés, naissent des tourbillons légers

Qui envolent les papillons en camaïeu de bleu.

 

Quand leurs âmes, bientôt, débordent les chairs délassées et comblées,

C'est pour s'enlacer à leur tour sur les sentiers d'Eden,

Arpentant les jardins suspendus, les heures glorieuses.

Alors, dans ces instants volés au temps cruel,

Une infinie magie verse sa poussière d'or sur les enfants géants

Qui reflètent soudain le ciel, les océans.

 

Ils sont beaux, ils sont purs, ils sont sincères et grands.

Ils sont en expansion.

Et, dans cette folie douce les menant aux portes perdues de Babylone,

Membres et souffles mêlés, corps irradiés et peaux collées,

Ils accueillent le sommeil et glissent dans la nuit.

Une nuit pour rêver. Une nuit pour s'aimer.

De leur couche s'élèvent une lueur incandescente et des parfums de rose.

Ils s'endorment le coeur vaillant, riches de tout et rien.

 

 

Laissons-là les enfants, sortons sans faire de bruit,

Et ne retenons d'eux que l'absolue tendresse, le coeur au bord des yeux et les sourires béats.