Frederick Arthur Bridgman, Scène de vie au harem.

Il y a les vents qui transcendent ou tourmentent l'enfance, l'envolent dans d'indicibles tourbillons, tour à tour de joie et d'angoisse.

 

Il y a celui qui gonflait ma voile, celui qui me poussait, reine de Liberté, sur les pavés de la jetée ; qui amenait d'en face le chant du carillon, finissant par s'évaporer dans la ronde des hirondelles.

 

Il y a celui qui, hapant mon esprit, me contait des histoires de dunes dans les déserts ; de princesses aux yeux sombres – sublimes créatures – retenues en quelque harem, atrocement captives.

 

Il y a celui qui soulevait les jupes, faisant rire les petites filles. Celui qui emmêlait les cheveux, lorsque l'on filait sur la mer avec le bateau qui portait nos trois noms.

 

Il y a celui qui grondait, gémissait, claquait au port dans les cordages des navires. Ciel soudain noir. Effrayante et subjugante colère venue d'on ne sait où. Souffle furieux qui balaie la crête des vagues. Une nuit de Mistral, la chaîne d'ancrage du bateau se sera rompue.

 

Il y a les courants invisibles portant le vol du papillon et ceux que sait la buse, pour ne pas finir son plongeon remarquable écrasée sur le sol.

 

Il y a toujours celui dans lequel dansait une plume.

 

Il y a celui qui caresse les fleuves, s'engouffre dans les villes, fait hâter la course des nuages.

Il y a celui qui éparpille les flocons, soulève la neige et fouette les visages.

Il y a celui dont on espère des messages.

 

 

Vent d'aujourd'hui et vents d'avant, de toutes sortes, soyez loués pour m'avoir soufflé tant de songes !