Par un jour d'été flamboyant

Soleil dense, rayons brûlants.

 

Les gestes des Hommes au ralenti.

 

Fleuve immobile où scintillent mille reflets d'or et d'argent.

 

Lumière aveuglante. Ciel d'azur parfait.
Il fait tellement chaud que tout semble hébété, écrasé de torpeur. Le couvercle poète, paré d'un habit de cyan ouvrant sur l'infini, se déploie sans limite. Parabole incroyable que cet éther dans lequel est nimbée la Terre. Terre des Hommes, oui...

 

D'ailleurs, un jour comme celui-ci, on pourrait presque rejoindre Le Petit Prince sur sa drôle de planète.

 

Un vent du sud, épais et accablant – sauf à mouiller souvent sa peau – malmène quelques insectes, fait tanguer les boutons de rose et danser les fleurs épanouies sous l'abondance du Soleil.

 

D'une certaine manière, dans cette atmosphère surchauffée et pesante, il est possible de faire l'épreuve d'un moment, comment dire ? Mmh... D'extase ! Oui, un de ceux que l'on peut qualifier de « moments suspendus » ; une brève extase.

 

Transe.
Perdre pieds. Tomber de la réalité.
Tomber, ou prendre son envol, s'affranchir? Je choisis la seconde proposition, préférant de mille lieues – pour les avoir testé toutes les deux – la transcendance à la déchéance.

 

Aussi vais-je quelquefois, en ce moment, les nuits où je m'agite, rejoindre la chambre du roi pour m'embarquer à ses côtés dans les mondes extraordinaires que fabriquent les mots de Shéhérazade. La passion du souverain se trouve rassasiée des mets délicieusement imaginaires que lui tend savamment l'objet de ses désirs. Je ferme les yeux, j'écoute avec attention et pénètre, à mon tour, quelque part, dans la fable créée par la voix et les récits de l'habile conteuse. Mon sommeil, alors, peut se faire léger. L'âme ailleurs, délestée du corps, que me voici libre ! Je virevolte comme cette plume de goéland dans la brise du bord de mer.

 

Les chats, dans ce jour accablé de chaleur, se font discrets. Ils se cachent comme ils peuvent des rayons de lumière vive, à la chaleur cuisante, projetés au hasard. Heureusement qu'il y a les arbustes touffus, dont la longue robe de branches descend jusqu'aux racines. L'ombre propice au repos. Un brin d'air tiédi par la relative obscurité traversée pour atteindre les moustaches du chat. Chat allongé de tout son long contre la terre craquelée et les feuilles séchées.

 

Les fleurs du jardin, bouquets ravissants, fragiles, délicats – qui resteront en terre – enchantent cet été, attendrissent mon âme.

Jardin, bel élan vers demain.

 

La fin du jour s'annonce. Où donc sont les gouttes prévues ? Où, les prémices de l'orage ?

La chaleur, avec langueur, s'étire infiniment. C'est presque si l'on pourrait entendre le muezzin lancer son chant de l'autre côté de la dune.