Fleurs champêtres

J'habite une maison blanche aux parquets de miels, doré ou foncé.

 

Elle forme un abri, niché dans un jardin de roses.

 

Le portail poussé, ce sont ces nobles fleurs qui, d'emblée,

envahissent le champ de vision,

effleurent les narines si tant est qu'on les frôle,

appellent la main à doucement caresser, de leurs pétales, la peau veloutée qui embaume.

 

Avançons. Longeons la haie et la maison.

Lauriers sombres, photinias, mariés aux hibiscus, corêthes, seringats, kolkwitzia, lilas et weigelia.

Que tout cela est ravissant, et comme cela sent bon !

 

Aux murs il faudrait voir grimper glycines, chèvrefeuilles, clématites ; une bignone jaune peut-être.

Oui, voilà ce que je ferai.

 

Dans le fond, derrière la modeste et coquette bâtisse dans ses habits presque neufs, un verger de pommiers est planté au milieu des herbes hautes, et voici donc mon pré.

 

Graminées, grandes tiges céréalières et fleurs sauvages élancées ;

des tâches de couleurs, de lumières ;

des traces fraîches de nature.

 

Les jours de vent,

c'est un étang végétal dont la surface - balayée - ploie en tous sens, inventant des vagues vert-brun aux reflets de rouge, de violet, de blanc et de jaune.

 

J'habite allée des prés.

Côté impair, ce sont les anciens prés aujourd'hui morcelés,

côté pair, un peu en contrebas, le chemin de hâlage et la berge du fleuve.

 

Que s'écoulent paisiblement tes flots changeants, amie la Seine !

 

Par les yeux de ma maison, on peut voir, sur l'autre versant, le village voisin qui se décline en dizaines de pavillons, différant tous les uns des autres, disséminés serrés sur une colline boisée.

 

Ainsi donc, après les forêts, les villages arides et les villes encombrées, voici la proximité de l'eau.

J'ai toujours aimé ça, aussi, vivre tout près de l'eau.

 

Je me réjouis de tout !...

 

Le soleil, la chaleur, les arrosoirs à porter à bout de bras,

les lumières changeantes – les clartés et les brumes – les chants d'oiseau,

les grondements de tonnerre, la pluie fine d'abord, torrentielle l'instant d'après, la fraîcheur, le jardin arrosé,

puis le calme, les étoiles, les hamacs suspendus,

les amis, les rires,

les enfants, les rires,

caresses sur le coeur, sur l'âme, sur la peau, fleurs, couleurs, vents, papillons, mouvements ;

et le bruit des péniches, l'écluse bouillonnante, la blancheur des cygnes, même le crépitement d'une mobylette.

 

J'habite allée des prés.

Mon refuge, mon envol.