15606-liker-rodi-sta-grigora-by-sophia-pMon nom est un aveu.

Je faisais chanter nos gaillards ancêtres gaulois pendant les banquets fameux, où c'était force ripaille et paillardise ! C'est dire si je suis ancien…

 De moi demeure nombre mystères et légendes. Je suis couleur, je suis odeur et goût.

 On scrute ma robe veloutée à la teinte incertaine, la tête souvent penchée, d'un œil sceptique, interrogatif, parfois un peu vitreux déjà, ou tout au contraire franchement rigolard.

 Le palais qui m'a connu, ne serait-ce qu'une fois, ne manquera plus dès lors de me deviner.

 Mes bucoliques origines – j'ai bien dit bucoliques ! – ne m'empêche pas d'être noble.

           Parmi mes vulgaires cousins, issus de fruits ou de graines, je fais figure d'exception et l'on me goûte avec malice pour cette raison. C'est au demeurant grâce à cette originalité, dont j'ai l'orgueil de me prévaloir, que je suis accueilli partout.

 J'ai en effet le privilège de pouvoir m'ébattre joyeusement dans tous les gosiers : les jaunes, les noirs, les rouges, bleus ou blancs. Oh gosiers de toutes provenances, de toutes confessions, n'ayez crainte, vous en avez le droit, alors avalez-moi !

Je suis né dans les fleurs, inachevé ; une trompe pointue est venue m'en extraire, j'ai volé et me suis retrouvé, ahuri, dispersé aux quatre coins d'un édifice comme une gigantesque usine, encellulé, des milliers de petites choses vrombissantes s'activant autour de moi.

          Aujourd'hui, quelques mois après cette aventure, à l'issu d'une alchimique et subtile métamorphose, me voici parmi vous, dans cet habit de verre.

         On me nomme Hydromel !