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Le train filait à travers la montagne.

 

Les paysages défilaient à une telle allure qu'on ne pouvait plus en distinguer que les éléments les plus imposants par la taille, les plus éloignés en distance. Chaque détail composant ce tableau en mouvement se fondait dans les autres, s'étirant d'abord pour  s'effilocher l'intant d'après. En une fraction de seconde il avait perdu son unité propre pour ne plus exister qu'en tant que tâche de couleur mêlée, diluée avec d'autres.

 

Debout devant une fenêtre du wagon-bar, un verre de bière à la main, elle constatait ce phénomène, y voyant une espèce de métaphore de sa vie. Pourquoi était-elle dans ce train au fait ?

 

Elle ne trouva pas de réponse. Elle avait oublié. Elle fit un effort pour détacher sa pensée du paysage défilant et recouvrer ses esprits. Il fallait qu'elle se souvienne !

 

La première chose qui lui revint, ce fut le bruit terrible d'une explosion et, juste après, une évidence qui l'avait envahie, obsédée sans relâche, jusqu'à ce qu'enfin elle puisse mettre à exécution ce qui s'imposait : s'évader ! Elle devait s'évader ! C'était pour elle la seule possibilité de salut…

 

Le train siffla, elle sursauta, perdit le fil de ses songes. Le grand serpent de fer s'engouffra alors dans un tunnel, et tout le wagon-bar fut enveloppé dans une semi-obscurité qui la ramena brutalement à son souvenir.

 

Elle avait marché longtemps dans un couloir sombre et puant. Dans sa course vers la lumière qui pointait au bout du boyau, elle avait maintes fois trébuché, s'était péniblement relevée et avait poursuivi son chemin, en s'aidant de ses doigts qu'elle enfonçait dans les parois comme si elle escaladait une montagne, mais à l'horizontale. Dans ce tâtonnement des murs, la paume de ses mains avait à plusieurs reprises effleuré des creux, tels des blessures dans la matière, l'empreinte d'autres doigts que les siens qui – peut-être – avaient poursuivi le même but.

 

Le train sortit enfin du tunnel et le soleil l'éblouit. Elle ferma les yeux et fut à nouveau transportée dans ce couloir, où elle avait soudain été recouverte d'un voile opaque, plus noir que l'ébène, pour se retrouver, l'instant d'après, en train de flotter dans une lumière d'or.


Précisions sur l'exercice :

Je ne me souviens plus quelle était la consigne exacte de cet exercice, mais 5 mots étaient imposés à chacun pour inventer un texte. Comment les avait-on choisi...? Impossible de me rappeler.

Mes mots étaient les suivants : explosion, s'évader, sombre, empreinte, ébène.