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Je me souviens des arbres du maquis – et comme ils sentaient bon ! – de la Méditerranée, de la cloche dont le carillon nous parvenait de la ville située sur l'autre versant du golfe.

Je me souviens de la ronde des hirondelles gazouillant dans la douceur des fins de journée, et d'une joie pleine, sereine et confiante.

Je me souviens des mois de vacances rêvés sous le soleil de Corse.

 

Je me souviens de Candy, et d'Anne Sylvestre.

Je me souviens du poste de télévision à trois chaînes.

Je me souviens des patins à roulettes que l'on fixait sur les chaussures avec des lanières de cuir ou de plastique.

 

Je me souviens, dussé-je remonter jusqu'à mes huit ans, des jours et des nuits d'amour ; du sublime et de l'abîme.

Je me souviens des cauchemars de la petite fille. Des reptiles, des Indiens descendant la colline, à toute allure, pour venir scalper les hommes blancs, comme des effrayants rêves sonores récurrents.

 

Je me souviens pourtant qu'enfant je n'avais peur de rien.

 

Je me souviens avoir été inconsolable chaque fois qu'un de mes héros a quitté ce monde.

 

Je me souviens des retraites aux flambeaux dans la montagne.

 

Je me souviens des heures passées à lire et à rêver.

 

Je me souviens de l'odeur de la guimauve dans les fêtes foraines de mon enfance, ainsi que des relents de friture.

 

Je me souviens des promenades à vélo, avec ma sœur aînée, sur les chemins sillonnant les champs de blés de nos jeunes années.

 

Je me souviens qu'avec ma meilleure amie, lorsque nous avions cinq ans, nous ne pensions jamais qu'un jour nous vieillirions.

 

Je me souviens – j'avais vingt ans – d'un jour de neige et d'amour où je courais à perdre haleine, émerveillée, dans les allées blanches et glissantes du parc des Buttes Chaumont.

 

Je me souviens de mes ambitions d'enfant.

 

Je me souviens de moi suspendue au poste de télévision, un jour de fin d'été, incrédule d'abord, accablée, terrorisée, l'instant d'après, et du goût amer de fin du monde dans ma bouche ; c'était le 11 septembre 2001.

 

Je me souviens des arbres du jardin, du parfum des roses, de celui des iris.

 

Je me souviens de deux bâtisses sœurs, d'une famille, des couleurs des saisons, du bruissement des feuilles, du cri de la chouette la nuit, des leçons de piano, des leçons de vie, des batailles et de l'amour.